Une fillette de 15 ans et son père ont été froidement exécutés dans leur sommeil à Kenscoff, au niveau de la localité de Galette, lors d’une attaque armée attribuée à des groupes criminels. Deux autres personnes ont été grièvement blessées. Les faits se sont produits dans la nuit, sans affrontement préalable, sans avertissement, sans échappatoire. Une violence brute, méthodique, assumée. Et depuis, rien. Aucun communiqué. Aucun mot. Aucun responsable pour assumer, expliquer ou, à défaut, compatir.
Selon les informations relayées par des médias locaux, les assaillants ont fait irruption dans la zone avant d’ouvrir le feu sur des civils sans défense. La jeune fille et son père ont été abattus alors qu’ils se trouvaient dans leur lit. L’image est insoutenable. Elle dit tout de l’état d’abandon dans lequel vivent désormais des pans entiers du territoire haïtien, y compris des communes longtemps perçues comme relativement épargnées.
Ce drame n’est pas un accident. Il n’est pas non plus un fait divers isolé. Il s’inscrit dans une mécanique désormais bien huilée : des groupes armés étendent leur emprise, frappent des familles, sèment la terreur, puis disparaissent, pendant que l’État observe, tergiverse ou se tait. À chaque fois, le scénario est le même : des morts, des blessés, des maisons endeuillées… et un silence institutionnel qui finit par devenir une seconde violence.
Ce qui choque presque autant que le crime lui-même, c’est l’absence totale de réaction officielle. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune autorité n’a jugé utile d’informer la population, de confirmer les faits, d’annoncer une enquête ou de présenter des condoléances. Comme si la mort d’une enfant et de son père ne méritait même plus une reconnaissance publique. Comme si l’horreur était devenue administrative, banale, intégrée au paysage.
Ce silence n’est pas neutre. Il est politique. Il traduit une faillite morale autant qu’une incapacité sécuritaire. Car lorsqu’un État ne parle plus après l’assassinat d’une adolescente dans son lit, il envoie un message glaçant : la vie n’est plus une priorité, la protection des citoyens non plus.
À Kenscoff, comme ailleurs, les habitants vivent désormais avec la peur comme horizon quotidien. La nuit n’est plus un refuge. Le foyer n’est plus un abri. Même l’enfance n’est plus un rempart. Et pendant ce temps, les discours officiels continuent de promettre des jours meilleurs, des plans de sécurité, des solutions à venir, sans jamais rendre de comptes sur les morts d’hier.
Une fillette de 15 ans a été tuée. Son père aussi. Deux autres personnes luttent pour leur survie. Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des vies brisées. Et tant que ces drames continueront à passer « sous silence », comme de simples notes en bas de page de l’actualité, c’est l’idée même de société qui continuera de s’effondrer.
À force de se taire face à l’innommable, le pays s’habitue à l’inacceptable. Et c’est peut-être là, au-delà des balles, la blessure la plus profonde.
