À l’aube du vendredi 12 décembre 2025, une intervention des forces de l’ordre au domicile du maire de Port-au-Prince, Ralph Youri Chevry, a ouvert une séquence politico-judiciaire aussi délicate que révélatrice des tensions actuelles entre institutions en Haïti. Quelques heures plus tard, l’agent exécutif intérimaire de la capitale est sorti de son silence par voie de communiqué officiel, un texte long, structuré et juridiquement argumenté, visiblement conçu pour fixer un cadre interprétatif précis.
Dans cette déclaration, le maire confirme une intervention menée entre 6 h et 7 h du matin par des agents de la Police nationale d’Haïti, accompagnés du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. Il affirme que cette opération aurait été effectuée sans mandat formel, sans notification préalable, et en dehors des formes prévues par la Constitution et le Code d’instruction criminelle. L’épisode est également marqué par la mort de son chien, présentée comme injustifiée, et par l’interpellation puis la libération d’un agent de sécurité.
Au-delà des faits matériels décrits, le cœur du communiqué réside dans sa construction juridique. Ralph Youri Chevry invoque explicitement l’article 24.1 de la Constitution de 1987 sur l’inviolabilité du domicile, rappelant qu’aucune perquisition ne peut avoir lieu sans base légale clairement établie. Cette insistance n’est pas anodine : elle traduit une volonté manifeste de déplacer le débat du terrain émotionnel vers celui du droit et des procédures, tout en se posant comme acteur respectueux des institutions.
Cependant, parallèlement à cette version, des informations relayées par certaines sources médiatiques évoquent une convocation attendue du maire au parquet dans les prochains jours. À ce stade, aucune autorité judiciaire n’a confirmé publiquement la nature exacte de cette démarche ni son fondement juridique. Aucun chef d’accusation n’a été officiellement communiqué.
Cette séquence s’inscrit dans un contexte plus large où Ralph Youri Chevry, figure politique à la trajectoire atypique, a déjà entretenu des relations complexes avec l’appareil d’État. Ancien maire de Port-au-Prince, son passage à la tête de la capitale a souvent été marqué par des prises de position publiques tranchées sur la gouvernance municipale, la sécurité urbaine et la responsabilité des autorités centrales.
En l’absence d’éléments judiciaires formellement établis, la prudence reste de mise. Ce dossier illustre, une fois encore, la fragilité de l’équilibre entre action policière, communication politique et respect de l’État de droit, dans un pays où la confiance institutionnelle demeure profondément éprouvée.
