Il est des constats que l’on évite parfois d’énoncer avec franchise, tant ils renvoient à des dysfonctionnements enracinés. Dans la gestion des marchés publics en Haïti, la question ne se limite plus à l’allocation des ressources, mais bien à la manière dont elles sont administrées. Trop souvent, des dossiers s’enlisent, se voient rejetés ou retardés, non en raison de l’inexistence des besoins, mais du fait d’erreurs techniques, d’une lecture approximative des règles ou d’une méconnaissance des exigences procédurales.

C’est dans ce contexte que la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) a engagé une série de formations destinées aux cadres publics impliqués dans la chaîne de passation des marchés. L’initiative, en apparence technique, répond à une nécessité plus profonde : corriger des pratiques qui, au fil du temps, se sont installées au point de devenir presque ordinaires.

Durant ces sessions, les participants sont confrontés aux exigences juridiques qui encadrent les contrats publics, mais également aux failles les plus fréquemment relevées lors de l’examen des dossiers. Les erreurs ne sont pas toujours spectaculaires ; elles sont souvent discrètes, mais suffisantes pour invalider un processus entier. Une signature manquante, une pièce mal structurée, une procédure mal engagée : autant de détails qui, mis bout à bout, traduisent une fragilité systémique.

Cependant, au-delà de l’effort de mise à niveau, une interrogation demeure. La formation, aussi nécessaire soit-elle, peut-elle à elle seule transformer des habitudes administratives profondément ancrées ? Car la difficulté ne réside pas uniquement dans la maîtrise des textes, mais dans leur application constante, dans un environnement où les contraintes, les pressions et parfois les pratiques informelles viennent brouiller les lignes.

La démarche de la CSCCA marque néanmoins une tentative d’agir en amont, avant que les irrégularités ne se transforment en blocages ou en contentieux. Elle traduit une volonté de restaurer un minimum de cohérence dans un système où la rigueur procédurale devrait constituer la règle et non l’exception.

Reste à savoir si cet effort s’inscrira dans la durée, et surtout s’il sera accompagné d’une volonté plus large de réforme. Car, au-delà des formations ponctuelles, c’est toute une culture administrative qui demeure à reconstruire, afin que la gestion des fonds publics cesse d’être perçue comme un exercice approximatif et retrouve la discipline qu’elle exige.

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