Il suffit parfois de peu pour restituer un semblant de dignité à une population éprouvée : un bâtiment, des médecins, une porte qui s’ouvre. À Delmas 60, CAMEDYC a inauguré son nouvel hôpital. Derrière cette annonce, une réalité s’impose avec une acuité implacable : celle d’un peuple qui, chaque jour, cherche à se soigner sans toujours en avoir les moyens.
Dès la première journée, près d’un millier de personnes ont afflué pour bénéficier de consultations gratuites. Ce chiffre, à lui seul, vaut constat. Il ne s’agit pas seulement d’une inauguration, mais d’un révélateur — révélateur d’un besoin massif, révélateur d’un système sous tension, révélateur aussi d’une population qui persiste à espérer malgré les obstacles.
L’établissement, lui, se présente comme une réponse structurée. Trente chambres, des espaces privés et semi-privés, des unités d’urgence, des bureaux de consultation, une capacité d’accueil pouvant atteindre 240 patients simultanément. Sur le papier, l’organisation semble rigoureuse. Les spécialités annoncées couvrent un large spectre, de la médecine interne à la pédiatrie, en passant par la chirurgie et la physiothérapie.
Mais la question essentielle se situe au-delà des murs. Combien d’hôpitaux de cette nature seraient nécessaires pour répondre à l’ampleur des besoins nationaux ? Combien de familles demeurent encore en attente, freinées par l’absence de moyens ou d’accès ? Et surtout, combien de temps faudra-t-il avant que le droit de se soigner cesse d’être une incertitude pour devenir une réalité partagée ?
CAMEDYC pose un acte. Un acte utile, indéniablement. Un acte nécessaire, sans conteste. Mais dans un pays où se soigner relève trop souvent de l’épreuve, chaque initiative rappelle une évidence trop longtemps différée : la santé ne devrait jamais dépendre du hasard, ni du lieu de naissance.

